Bien vieillir… ça s’apprend jeune!

Docteur LambertL’idée préconçue selon laquelle la vieillesse est synonyme de mauvaise qualité de vie est immédiatement balayée par le Docteur Lambert, gériatre et co-fondateur de l’association France Alzheimer Aveyron, venu présenter l’état de la réflexion de la gériatrie en France à l’heure actuelle devant 250 personnes assistant à la conférence organisée par les élèves de Tle Bac Services aux Personnes.

Que faire pour essayer de bien vieillir? Prendre de bonnes habitudes bien avant d’avancer dans l’âge! Les cardiologues recommandent une activité de 20 à 30 mn deux à trois fois par semaine dès le jeune âge adulte. L’Organisation Mondiale de la Santé recommande pour les personnes de plus de 60 ans un minimum hebdomadaire de 150 mn d’activité physique d’intensité modérée, ou 75 mn d’activité soutenue. Fractionnables en période de 10 mn ou plus, ces temps d’activité ne représentent qu’une moyenne de 20 mn par jour. On acquiert des bénéfices supplémentaires si ces temps sont doublés. Qu’est-ce qu’une activité physique modérée? Marcher d’un pas vif, danser, jardiner, bricoler, …, contrairement à une idée reçue l’activité n’use pas le corps, bien au contraire! Pour bien vieillir, conservons une activité! Les personnes âgées actives ont une mortalité moindre, toutes causes confondues, et sont moins affectées par une insuffisance coronarienne, une haute tension. artérielle, un accident vasculaire cérébral, le diabète, le cancer du colon ou encore le cancer du sein. Elles ont une meilleure capacité cardiorespiratoire et musculaire, une meilleure masse corporelle, de meilleures fonctions cognitives, moins de risques de chute et un moindre risque de dépendance.

D’ailleurs la vieillesse se conjugue au pluriel. On considère qu’il existe 4 types de vieillissement.
– Le vieillissement optimal: l’état de santé ne bouge pas, comme si les personnes ne vieillissaient pas.
– Le vieillissement réussi: la personne a une durée de vie supérieure à la moyenne et présente une bonne adaptation aux modifications liées à l’âge.
– Le vieillissement usuel: les capacités fonctionnelles sont moindres mais sans pathologie bien définie. C’est lorsque, comme le disait Simone Beauvoir  « le coefficient d’adversité des choses s’accroit ».
– La vieillesse pathologique: la personne est affectée par une pathologie sévère, compliquée.

Vieillesse et sensation d’une qualité de vie satisfaisante ne sont pas exception. Une enquête auprès de personnes de trois tranches d’âge ( 60-70 ans, 70-80 ans et >80 ans) à qui on a demandé d’estimer leur qualité de vie, en la notant de 1 à 10, révèle que l’essentiel de la population situe sa qualité de vie au-delà de la médiane, dont une part non négligeable se situe au niveau 10. Bien évidemment la corrélation est très forte entre dépendance, maladie et jugement d’une mauvaise qualité de vie. Les personnes, jugeant leur qualité de vie au niveau 3, sont celles qui retiennent l’attention parce qu’elles sont en situation de fragilité, état transitoire entre un état de bonne qualité de vie et la dépendance. La France s’intéresse, depuis 2010, à ce concept de fragilité, né aux USA au milieu des années 80.
Comment repérer ces personnes qui sont dans l’incapacité de se repérer, elles-mêmes, fragiles? Pas de consensus mais deux modèles font référence, le modèle de Fried (2001) et le modèle de Rockwood (2005).
Le modèle de Fried comprend plusieurs critères centrés sur l’aspect physique des personnes:
– personne âgée de plus de 65 ans
– perte de 5% de poids sur un an
– sensation d’épuisement
– vitesse de marche ralentie ( plus de 5 secondes pour effectuer 4m)
– baisse de la force musculaire
– accentuation de la sédentarisation

Le modèle de Rockwood s’attache à l’aspect multidimensionnel de la fragilité:
– humeur
– motivation (traumatismes peuvent avoir altéré les capacités, perte d’enfant, guerre,…)
– motricité
– équilibre
– capacité pour les activités de la vie quotidienne
– conditions sociales
– comorbidité

Comment passe-t-on dans cet état de fragilité, voire de pré-fragilité? L’âge n’est pas le facteur explicatif, même si le vieillissement habituel inclue une fragilité ressentie dans le quotidien. La fragilité, en tant que constatation médicale, est un état d’instabilité avec un risque de perte fonctionnelle occasionné par un accident de santé, …, engendrant une diminution des capacités physiologiques de réserve altérant les mécanismes d’adaptation au stress. Pour quelles raisons deux personnes vivant le même accident, avec la même prise en charge, réagissent différemment au point de pouvoir être atteint du syndrome de glissement ( se laisser aller)? Comorbidité, facteurs physiologiques, sociaux, économiques et comportementaux sont des déterminants mais pas exclusivement. Pourquoi certaines personnes passent d’un état de fragilité à la dépendance alors que d’autres réussissent à sortir de la fragilité pour retrouver un état robuste? Des questions, des réponses et la certitude que chacun a été sensibilisé au repérage des critères d’un état fragile pour venir en aide aux personnes qui sont sur son chemin …

 

 

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